Emprise et perversion

  L’emprise sectaire se distingue de l’emprise mentale par la notion d’intentionnalité qui est l’empreinte de la perversité à l’œuvre dans tous mouvements sectaires. Car, on ne peut parler de pratiques sectaires sans l’associer directement à la notion de perversion. L’un ne peut aller sans l’autre. C’est d’ailleurs ce qui distingue fondamentalement les pratiques sectaires des pratiques religieuses.

  Dans la perversion, du fait d’une impossibilité à appréhender le manque, il y a un renoncement du désir au profit d’une volonté de jouissance. Au fond c’est cette volonté de jouissance qui permet de distinguer radicalement une secte d’une religion. Dans la première la volonté engendre l’emprise et la certitude qui en découle, dans la seconde, la croyance engendre l’idéal et le doute qui s’y oppose.

  Cette volonté de jouissance à l’œuvre dans la perversion repose sur la domination de l’autre et la destruction de son désir repérable et du manque qui y est associé. La satisfaction du plaisir pervers passe par la domination de l’autre et la satisfaction de jouir de lui. Pour y parvenir, le pervers utilise la séduction en la détournant dans ce qu’elle vise ordinairement, à savoir le désir. 

  Leurrée par cette illusion de la séduction masquant une volonté de jouissance, la victime tombe malgré elle inévitablement dans cette volonté du pervers de jouir d’elle en lui barrant la route du désir par cette aliénation qu’il impose. D’un côté la victime ou le futur adepte traversé par le manque et le désir qui en découle et, de l’autre côté, le gourou et sa perversité marqué par la volonté et la jouissance. L’un se faisant « débaucher » par l’autre.

  La victime du pervers se retrouve donc sur un théâtre qui n’est plus celui ordinaire de son fantasme mais celui d’une mise en acte, dans le réel, de ce contre quoi son fantasme le protège. Il devient l’objet sur lequel va pouvoir s’exercer sans retenue la satisfaction de la pulsion de mort du pervers. Si au début la victime est séduite par l’illusion donnée d’une reconnaissance de son désir comme dans une relation amoureuse. Ce que lui renvoi le pervers au travers cette séduction c’est la garantie d’une jouissance inimaginable, le reflet de son désir enfin réalisé et non plus fantasmé tout en masquant les ravages d’une telle réalisation : une mort subjective.

  Le futur adepte, parce ce qu’il est face à la perversité d’un autre, en l’occurrence le gourou, quitte le registre de la séduction et la relation purement amoureuse qu’elle suppose pour basculer dans la fascination.

  Cette captation par l’image propre à la fascination qu’exerce le gourou sur son adepte signe le lien indéfectible qui les unis dans une relation d’emprise que la perversion rend sectaire en excluant notamment l’adepte du monde extérieur. Ce dernier se retrouve ainsi à partager avec des semblables la même certitude articulée autour de la doctrine du mouvement.

  Par le mécanisme pervers à l’œuvre dans tout mouvement sectaire, le basculement de la séduction vers la fascination entraine l’adepte à déposer ses doutes et/ou ses croyances comme fardeau de son manque pour contempler le reflet imposé avec certitude pour qu’il ne s’estompe pas. C’est le prix à payer de son emprise sectaire, même s’il doit aller jusqu’à réellement en mourir.

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